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Donnybrook

Voyage au bout de l’enfer américain.

Adapté du livre éponyme de Frank Bill, le film de Tim Sutton, déjà connu pour avoir examiné l’innocence et l’errance adolescente avec Pavilion, arrive en VoD aujourd’hui pour le grand plaisir des adeptes du film noir.

Ex-marine, Jarhead est un père désespéré. Non seulement il est prêt à tout pour nourrir ses enfants, mais c’est aussi un combattant redoutable. Le Donnybrook, un tournoi de combat à poings nus qui se déroule dans les forêts de L’Indiana, constitue pour lui une chance unique d’accéder à une vie meilleure. Le prix accordé en espèces au gagnant résoudra tous ses problèmes, il en est convaincu.
Chainsaw Angus, de son côté, a raccroché les gants depuis longtemps. Cette légende des combats clandestins, jusqu’alors invaincue, s’est reconvertie avec sa sœur, Liz, dans la fabrication de méthamphétamine. Le Donnybrook sera le lieu de leur perdition… ou de leur rédemption.

L’écriture de Frank Bill, déjà reconnue pour être très sombre, est ici transformée par la mise en scène de Sutton vers une atmosphère plus sensitive, moins distanciée que dans le roman qui faisait preuve d’humour noir. Ici, il n’y aucune issue pour les personnages, et le trou noir auquel ils font face n’est pas loin de tous les engloutir,

Magnifié par la photographie de David Ungaro, Donnybrook suit le trajet de trois vies entremêlées par le dénuement social, le crime et les addictions, et si l’ex-marine Earl ne semble pas faire partie du haut du panier avec ses trauma de vétéran, il dégage via l’interprétation de Jamie Bell une grande sensibilité, uniquement motivé par la sauvegarde de sa famille.

Ce n’est pas le cas de l’infernal duo constitué par Frank Grillo et Margeret Qualley, respectivement frère et sœur incestueux et violents trafiquant de la méthamphétamine dans ce coin perdu de l’Amérique profonde, uniquement battu en perversité par l’un de leur principaux clients qui est aussi le shérif du comté, Whalen (James badge Dale).

La quasi totalité de ce petit monde se retrouvera au fameux Donnybrook, un tournoi clandestin organisé en Arizona par des suprémacistes blanc qui n’auraient pas dépareillé dans l’excellent Green Room de Jeremy Saulnier.

Quasi-complètement dépourvu d’humour (j’ai noté une tentative assez fun de répétition d’entame d’une séquence), Donnybrook s’attache à ses personnages et leur colle à la peau comme peuvent les faire les films sociaux anglais ou avant eux, les italiens, invoquant une forme de réalisme qui rend les péripéties vécue d’autant plus marquantes et glauques qu’elles impliquent un préjudice vécu ou en train de se produire.

L’argument même du tournoi qu’est le Donnybrook reste en fin de compte périphérique et permet de résoudre les différents fils de l’intrigue dans cette enclave où le meurtre est permis. Sutton trouve de même la force de conclure l’histoire sur une note un brin positive malgré la traversée dans les ténèbres et un sacrifice d’autant plus tragique.

Porté par un casting de haute volée, Bell et Grillo n’ayant plus rien à prouver, Donnybrook s’impose comme une oeuvre noire et dramatique qui démontre les capacités de Tim Sutton à mettre en scène un film qui aurait pu facilement tomber dans le piège de la série B sans âme.


■ Doonybrook ■ Réalisé par Tim Sutton ■ Sortie française le 25/03/2020 en VoD ■ Durée : 102 minutes ■ Avec Jamie Bell, Frank Grillo, Margaret Qualley…

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