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Birds of Prey et la Fantabuleuse histoire d’Harley Quinn

Harley Quinn. Mr J non inclus (et tant mieux).

Créée en 1992 par Paul Dini, Harley Quinn a essentiellement vécu au travers de sa relation pour le moins toxique avec le Joker. Au travers des comics, elle a connu une trajectoire plus réjouissante avec Gotham City Sirens de Dini, Lobdell et March, ainsi qu’actuellement l’arc Harley Quinn Rebirth de Conner et Palmiotti.

Parlons bien, mais surtout peu de Suicide Squad qui dépeint Harley comme une simple pépée à motard mais qui a permis à Margot Robbie de se fondre dans le personnage et d’en tomber amoureuse. Avec son historique compliqué, Harleen Quinzel avait bien besoin d’une actrice de talent pour fantabuleusement renaître de ses cendres.

Le retour d’Harley (sans Joker ajouté)

Birds of Prey marque le retour d’Harley dans sa réappropriation de son histoire et du deuil de sa relation avec son Puddin’. Elle redécouvre la vie seule par le plaisir de la nourriture et de la personnalisation de son espace avec son petit appartement bordélique. Cette nouvelle vie s’accompagne des erreurs du passé, avec beaucoup d’hommes en colère à sa poursuite… Il est d’ailleurs intéressant d’observer à quelle vitesse les problèmes foncent sur elle dès que sa position aux abords plus vulnérables est connue de tous.   

Harley Quinn se révèle dans un exercice bien différent de sa propre corporalité et de son image, en se permettant d’être à l’aise dans ses propres mouvements. Fini la culotte à sequins qui gratte du mauvais Suicide Squad, notre héroïne se pare de t-shirts amples, de pyjama doudou et d’une super salopette de pompier dorée, rien de tel pour botter quelques culs poilus ! 

L’héroïne vit sa rupture de la façon la plus chaotique et attachante possible lorsqu’on la découvre alcoolisée mais pleine de rêves. Sa carte de visite brouillonne réalisée aux côtés de la future Black Canary (Jurnee Smollett-Bell) symbolise parfaitement cette recherche de sens au milieu de la cacophonie de son monde de mafieux et autres bandits.

Sympathy for Ladies Vengeance

Le point de vue d’Harley dépasse son expérience personnelle et s’ouvre à de nouvelles rencontres avec l’inspectrice Montoya, Huntress et Black Canary, ainsi que la jeune Cassandra Cain. L’Arlequine dresse un portrait d’Helena Bertilinni aka « Huntress », aussi déphasé du monde par son désir de vengeance que drôle parce que déphasée dans le but d’en imposer face aux hommes. Ces émotions particulières sont incroyablement servies par Mary Elizabeth Winstead.

Le traitement ironique et humoristique de Huntress peut s’interpréter en filigrane comme une remise en question du trope trop souvent usé de l’héroïne badass, silencieuse avec un lourd passé et utilisé dans les narrations de films d’action. De Nikita à Tomb Raider, être forte c’est surtout… ne pas rire et morfler un maximum.

On retrouve cette volonté de revanche sociale chez Renee Montoya (Rosie Perez) qui peine à faire valoir son travail auprès de sa hiérarchie tandis que Dinah « Black Canary » Lance cherche simplement une stabilité dans sa vie. Si on s’en tient aux apparences, on pourrait croire qu’elles se détestent, alors qu’elles possèdent chacune des motivations différentes et les défendent avec passion.

Elles se lancent des vannes, se charrient, mais pas plus que dans tous les films où des mecs opèrent ensembles, ce qui est souvent considéré comme charmant. Elles trouvent un intérêt commun et agissent, à l’image du très bon Les Veuves de Steve MacQueen sorti en 2018.

Ça tatane à Gotham !

En terme d’action, les chorégraphies sont bien menées et on retrouve la nervosité des combats d’un John Wick grâce au travail de Jon Valera et de Jonathan « Jo Jo » Eusebio. Les héroïnes gardent leurs armes fétiches tout en enchaînant des jeux de pieds et de poings au sein d’une spatialisation pertinente.

Pour Harley Quinn, la séquence majeure est sans aucun doute celle de la prison où elle manie de la batte en renversant des molosses venus en découdre. Ses jambes se déploient sous une pluie battante apportant encore plus de mouvement comics à la scène. Les scènes de groupe arrivent à maintenir cette cohérence tout en restant toujours lisibles, ce qui en soi un vrai plaisir quand on connaît le massacre des surdécoupage de bastons qui hantent les blockbusters hollywoodiens.

Au final, mes réserves se situent dans la répétition des portraits que je perçois comme un héritage formel de Suicide Squad, mais qui n’enlève rien à la qualité de Bird of Prey. Cathy Yan a réussi à apporter de la substance au personnage et m’a donné envie de me pencher sur sa filmographie pour peut-être de futures chroniques.

En attendant la fin du confinement, je ne peux conseiller qu’une chose : « Harley Quinn and Chill ! » avec un sandwich aux œufs plein de fromage.


■ Birds of Prey et la Fantabuleuse histoire d’Harley Quinn ■ Réalisé par Cathy Yan ■ Sortie française le 05/02/2020 ■ Durée : 119 minutes ■ Avec Margot Robbie, Mary Elizabeth Winstead, Jurnee Smollett-Bell…

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