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Le photographe

Dirigez vous vers la Porte et laissez vous guider par Ritesh Batra.

Après des débuts remarqués avec The Lunchbox, le réalisateur indien Ritesh Batra a fait un détour par le cinéma indépendant américain aux côtés de Robert Redford avant de revenir dans l’intimité sociale de son pays natal avec Le Photographe.

Rafi, modeste photographe, fait la rencontre d’une muse improbable, Miloni, jeune femme issue de la classe moyenne de Bombay. Quand la grand-mère du garçon débarque, en pressant son petit-fils de se marier, Miloni accepte de se faire passer pour la petite amie de Rafi. Peu à peu, ce qui n’était jusque-là qu’un jeu se confond avec la réalité…

Afin de protéger l’identité de Miloni, Rafi l’a nommé Noorie, comme le film éponyme de 1979 où une jeune femme belle et brillante rêve d’avoir une vie simple et pleine d’amour. Cette référence, toute cheesy soit-elle, va servir la sincérité du propos et permettre de se rapprocher de Rafi et de Miloni au travers de leurs échanges et de leurs cercles relationnels.

La mise en scène joue délibérément sur la profondeur de champ tout au long de l’évolution de leurs rencontres. Les univers professionnels et d’études sont associés au flou de la foule amassée à la Porte de l’Inde et au futur métier de Miloni. La netteté se retrouve dans l’intimité familiale et relationnelle de Rafi, ainsi que dans ses échanges avec Miloni. Avec ce film, Ristesh Batra ne se cache plus derrière la pudeur épistolaire de The Lunchbox pour se rapprocher de ses personnages et de leurs sentiments, ce qui apporte une tonalité plus moderne.

Ces jeux de mise en scène dévoilent aussi les réalités auxquelles font face les protagonistes. Rafi est pris à la gorge par les dettes familiales et assume la dureté du métier de photographe de rue, tandis que Miloni doit assurer dans ses études de comptabilité avec un professeur au comportement aussi insistant que la pression du mariage pour l’image sociale des siens. La gêne ressentie lors de leur première rencontre est essentielle pour construire la crédibilité de leur lien évoluant au fil du temps.

A l’instar de son premier long-métrage, la nourriture apporte du sens à cette relation naissante. Le kulfi de Rafi et le souvenir du « Campa Cola » de Miloni se rejoignent dans la chaleur des restaurants et des cuisines où l’on se rapproche encore plus de ces êtres aux corps détendus par cette intimité passagère. Les pieds de la protagoniste, de sa servante et de la grand-mère sont souvent montrés relâchés ou appuyés aux chaises dans ce cadre quotidien et ils se révèlent être le signe de ce rapprochement des corps et des esprits.

La photographie s’inscrit dans une démarche réaliste opposée à la monstration calculée et spectaculaire du Bollywood de la grande consommation. On passe de la surexposition lumineuse de la Porte de l’Inde à des lumières douces et colorées de la ville jusqu’à l’obscurité de la collocation de Rafi. Ces différentes ambiances accompagnent l’introspection et l’évolution des personnages dans leur recherche de sens et ce qu’ils ressentent comme des imperfections dans leurs vies.

Avec Le Photographe, Ritesh Batra continue à sortir les relations amoureuses des clichés popularisés des blockbusters indiens en les ancrant dans le temps et au sein d’une certaine normalité sociétale. La modernité ne fait pas disparaître les classes sociales, mais peut permettre de les estomper en faveur d’un sens nouveau. On aime voir la relation de Rafi et Miloni s’enrichir et on les abandonne en croyant en leur histoire, ce qui est bien plus satisfaisant que la majorité des comédies romantiques américaines !

Vous pourrez retrouver le film en VOD à partir du 22 avril. Le Photographe peut vous apporter énormément d’apaisement en ces temps de confinement.


■ Le photographe ■ Réalisé par Ritesh Batra ■ Sortie VOD le 22/04/2020 ■ Durée : 110 minutes ■ Avec Nawazuddin Siddiqui, Sanya Malhotra, Farrukh Jaffar…

Une réponse sur « Le photographe »

[…] L’utilisation de la musique instrumentale poursuit cette volonté de déconstruction de la séduction traditionnelle des clichés bollywoodiens, usuellement construite autour de performances dansées et chantées des parties masculine et féminine. Afin de manifester son attirance envers Kamala, Salim emprunte surtout à la danse qui apparaît de façon assez spontanée lorsqu’il va vendre ses fleurs en bord de plage. Kamala est portée par une chanson liée à son identité propre et à ses racines associées à sa recherche de liberté. Les échanges entre Salim et Kamala, composés de regards tout en sobriété et de non-dits, relèvent d’une dialectique que l’on retrouve dans le cinéma indépendant de Ritesh Batra (Le Photographe). […]

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