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Dark waters

Ceci est un message de santé publique

Après Carol, Todd Haynes s’attaque à un sujet de santé publique avec Dark Waters.

Robert Bilott est un avocat spécialisé dans la défense des industries chimiques. Interpellé par un paysan, voisin de sa grand-mère, il va découvrir que la campagne idyllique de son enfance est empoisonnée par une usine du puissant groupe chimique DuPont, premier employeur de la région. Afin de faire éclater la vérité sur la pollution mortelle due aux rejets toxiques de l’usine, il va risquer sa carrière, sa famille, et même sa propre vie…

Le film installe dès le début les recherches et la prise du dossier par Robert Bilott dans le temps vital et la longueur judiciaire. Chaque étape est marquée par l’arrivée de nouveaux documents, de nouvelles pistes et surtout du nombre de vies menacées à Parkerburg.

Le retour aux sources de l’avocat se fait dans la douleur et dans la saveur douce amère de trouver sa petite ville d’enfance, aux mains de Dupont depuis des décennies. L’apparition du standard Country Road n’aura jamais sonné aussi ironiquement et intelligemment depuis Si tu tends l’oreille.

La prise de conscience de Robert Bilott se fait contre sa propre classe sociale et il se frotte aussi bien à ses collègues avocats qu’à Dupont qui possède un statut ambigu en tant qu’ami du cabinet, plus habitué à défendre des corporations que des individus qui en sont victimes. La pointe d’humour très américaine sur la détestation des avocats auprès de l’opinion publique est présente mais se retrouve sortie de son contexte habituel.

Le directeur de cabinet (Tim Robbins) fait par le biais de cette pique à la profession son état de conscience et soulève sérieusement l’ambiguïté de la profession vis à vis des puissants. Cette imbrication subtile des strates sociales m’a évoqué le pertinent Les marches du pouvoir réalisé par George Clooney où Ryan Gosling interprétait un directeur de campagne prêt à exposer le système.

Cette pression sociale trouve aussi ces répercutions dans l’espace intime de la famille Bilott, qui n’est pas épargné par les révélations, à l’instar des familles de paysans. Sarah Bilott, interprétée par Anne Hathaway au jeu sous tension, ne cache ni son sacrifice passé ni ses inquiétudes dans la quête de vérité de son mari.

Ce personnage représente ce lien émotionnel aussi important que puissant que l’on retrouvait déjà dans Carol. On retrouve le soin que Todd Haynes, passé par le documentaire, apporte à rendre tangibles les sujets qu’il avance au spectateur. Sa mise en scène se rapproche de ses personnages comme pour recueillir leurs pensées et leurs failles. La maladie de Bilott est ainsi montré dans des espaces clôt révélateurs de tensions intérieures et extérieures.

Dark Waters arrive à toucher sur un sujet de santé publique et sur la mise en garde sur le trop grand pouvoir accordé aux entreprises dans ce domaine. La santé ne devrait être en aucun cas liée à un chiffre d’affaire. Ce film vous restera longtemps en tête et dans vos échanges, surtout dans cette période où l’on se demande à qui profitera les recherches sur le Covid avec tous les enjeux des laboratoires en toile de fond.

Si vous l’avez loupé, je vous encourage vivement à le voir en, d’autant plus qu’il est désormais disponible en VOD puis en DVD-Blu Ray à partir du 19 août.


■ Dark waters ■ Réalisé par Todd Haynes ■ Sortie française le 26/02/2020 ■ Durée : 126 minutes ■ Avec Mark Ruffalo, Anne Hathaway, Tim Robbins…