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Waiting for the Barbarians

Ciro Guerra adapte avec talent le roman de JM Coetzee

Deux ans après Les oiseaux de passage, le réalisateur colombien Ciro Guerra revient cette fois avec Waiting for the Barbarians, doté d’un casting international. Le film sort en DVD, Blu Ray et VoD à partir du 2 septembre :

Un magistrat bon et juste gère un fort d’une ville frontalière de l’Empire. Le pouvoir central s’inquiète d’une invasion barbare et dépêche sur les lieux le colonel Joll, un tortionnaire de la pire espèce. Son arrivée marque le début de l’oppression du peuple indigène. Une jeune fille blessée attire l’attention du magistrat qui décide de la prendre sous son aile. Dès lors, ce dernier commence à contester les méthodes du colonel et à remettre en question sa loyauté.

Adapté de l’œuvre nobellisée de John Maxwell Coetzee, Ciro Guerra poursuit son questionnement de la moralité avec Waiting for the Barbarians. Les enjeux de pouvoirs sont cristallisés au travers de figures représentant l’autoritarisme et le colonialisme aux manières plus ou moins dévorantes sur les terres indigènes et leurs peuples.

La structure chapitrée du récit permet de s’éloigner du manichéisme évident qui oppose Le colonel Joll (Johnny Depp) et Le Magistrat (Mark Rylance) pour pousser le spectateur vers les subtilités politiques de ce concept. Cette approche directe est porté par la trame neutre et sans pitié du désert, qui tel un théâtre naturel révèle la psychologie de ses protagonistes.

Waiting for the Barbarians

Où sont les barbares ?

Sans jamais le nommer, le Colonel Joll incarne le parangon du fascisme dans la violence dirigée vers les indigènes et vers tous ceux qui s’opposent à sa démarche de conquête du territoire. Sa tenue rectiligne et noire ornée de brillantes lunettes de soleil ne fait aucun doute sur ses orientions politique.

La fulgurance de sa brutalité m’a immédiatement rappelée l’évangélisation violente et forcée présente dans Mission. Présenté comme un nazi caricatural et précieux, ses actes de tortures sont concrets et déterminent sa soif de guerre envers un ennemi qu’il se créée lui-même. Il est celui qui attend « les barbares »…

Présenté comme un bienfaiteur, le Magistrat se rapproche le plus de la figure de l’aventurier et du découvreur à la Indiana Jones. Il se fond dans le décor avec ses tenues beiges et essaie de raisonner, puis mitiger le Colonel Joll dans ses méthodes. L’évolution du personnage casse ce stéréotype au fur et à mesure du récit.

Waiting for the Barbarians

On se rend compte de l’énorme quantité de trésors qu’il a pris aux autochtones pour son soi-disant savoir et jouit de ses privilèges sur les biens, mais aussi sur les femmes. A l’arrivée de la fille blessée, il va se présenter à elle en sauveur et l’exotiser au point de devenir obsédé par elle. Il deviendra lui aussi un « barbare », d’une manière encore trop souvent montrée comme acceptable.

Entre ces deux figures, l’officier Mandel, interprété par Robert Pattinson, se positionne comme le pion de Joll, motivé à l’idée de gagner cette guerre invisible. Il représente l’opportunisme et la froideur bureaucratique de l’Empire. Dans cet entre-deux, on retrouve aussi les soldats de garnison (Harry Melling et Bill Milner) tout d’abord proches du Magistrat puis écartés par la pression de Joll et ses hommes.

Waiting for the Barbarians

Ils se retrouvent réduits à des fantômes d’autorité en lieu et place d’épouvantails gardant la petite ville fortifiée. De Mandel aux soldats, ces personnages sont autant de rouages cruciaux vers une bascule précipitée dans l’état de guerre contre une altérité fantasmée. Ils auraient la possibilité de transformer la situation, mais y tiennent-ils vraiment ? Leur position de privilégiés vaut-elle plus que la vie des indigènes ? Le récit remet ainsi en question chaque strate du pouvoir en place dans la place forte.

Waiting for the Barbarians, porté par son casting exceptionnel, questionne sur les lignes du colonialisme et de ses effets sur les populations autochtones. Il s’agit d’un film qui se digère lentement tant son discours ouvre des plaies toujours douloureuses de l’Histoire occidentale (même française, ne soyons pas aveugles). Aussi, il pose un miroir qui peut déplaire au spectateur, ce qui en fait un film d’une nécessité aussi grande que sa qualité.


■ Waiting for the Barbarians ■ Réalisé par Ciro Guerra ■ Sortie française le 02/09/2020 ■ Durée : 113 minutes ■ Avec Mark Rylance, Johnny Depp, Robert Pattinson…

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